Les anciennes mines continuent de polluer les rivières




novembre 2011
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Des truites des rivières des Cévennes contiennent des taux trop élevés de métaux lourds. Trouve-t-on cette pollution dans toute la région ?

F.E. Fabrice Monna, de l'université de Bourgogne, et ses collègues ont identifié une pollution sévère des rivières du Parc national des Cévennes, classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Ces cours d'eau, que l'on croyait propres parce que éloignés de sites industriels actuels, présentent des concentrations en plomb dans les sédiments près de 100 fois supérieures aux concentrations régionales, déjà naturellement supérieures à la normale. C'est en étudiant le foie de truites pêchées près de sites miniers abandonnés que Fabrice Monna a découvert que ces métaux lourds sont accumulés le long de la chaîne alimentaire, et présentent donc un risque pour l'ensemble de l'écosystème et éventuellement pour l'homme [1] . Mais toutes les Cévennes ne sont pas polluées, seulement certaines zones minières anciennes et actuelles comme les bassins du Gardon et de l'Ardèche, le sud du massif Central et le mont Lozère.

Pourquoi ce problème est-il passé inaperçu jusque-là ?

F.E. L'exploitation minière s'est installée là-bas parce que les métaux y sont naturellement présents dans le sol. Il est probable que, même en l'absence de mines, certaines rivières aient des concentrations en métaux plus élevées que la normale parce qu'elles drainent des minéralisations riches en métaux. C'est le bruit de fond géochimique régional, une pollution naturelle. Fabrice Monna a réussi à distinguer la contamination due à l'activité humaine de ce bruit de fond. Les recherches ont commencé dès les années 1960 et 1970. Et les agences de l'eau surveillent la région. Mais leurs analyses ne portent pas sur la faune. Or les niveaux de pollution peuvent être bas dans l'eau puis augmenter le long de la chaîne alimentaire.


D'autres régions en France présentent-elles les mêmes risques ?

F.E. Tout cours d'eau en aval d'une mine présente un risque, qu'elle soit toujours en activité ou non. Fabrice Monna a prélevé des échantillons près d'une mine abandonnée depuis le Moyen Âge et a constaté qu'elle continuait de contaminer l'eau. C'est d'ailleurs un problème mondial. D'après des estimations, l'Angleterre compterait 600 kilomètres de rivières affectées par des décharges de mines abandonnées, les États-Unis 20 000 kilomètres. Et ce problème rend l'eau impropre à la consommation. En France la tension sur cette ressource est modérée, mais dans les régions où elle est forte, les conséquences sont graves.

Propos recueillis par Léa Ticlette

Françoise Elbaz-Poulichet est directrice de recherche CNRS au laboratoire hydrosciences de Montpellier. Elle est spécialiste des transferts de polluants métalliques dans les eaux.




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